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« Avec sa coiffure punk, ses nombreux bijoux, ses jeans serrés et ses t-shirts noirs, la seule chose qui trahisse le métier de Pornthip Rojanasunan, experte légiste très connue en Thaïlande, sont ses bottes de caoutchouc blanc.
Se déplaçant entre des dizaines de conteneurs réfrigérés pleins des dépouilles des victimes du tsunami, elle lance les ordres et, pas de doute, c’est bien elle la patronne de l’une des plus grandes opérations de médecine légiste jamais organisées dans le monde, son plus grand défi.
"Il y a environ 1.800 corps ici", dit le Dr Pornthip interrogée par l’AFP dans le temple de Yanyao situé dans la province de Phang Nga, la plus touchée, "je n’ai jamais rien vu de tel".
Après des nuits sans sommeil, elle s’est effondrée la semaine dernière dans les bras du Premier ministre Thaksin Shinawatra qui était venu visiter la morgue de fortune.
Mais elle explique que sa foi bouddhiste lui a permis de faire face à cette horreur sans précédent : la vie de plus de 5.300 personnes anéantie par des murs de vagues.
"Je suis heureuse de vivre dans ce monde et heureuse de faire de bonnes choses. J’ai beaucoup d’energie pour faire de bonnes choses", explique cette femme de 50 ans, avant de se précipiter auprès d’une Thaïlandaise qui vient de craquer en identifiant le corps d’un proche.
Le Dr Pornthip organise une assistance psychologique pour la femme endeuillée, se met à signer des formulaires et passe à une nouvelle tâche.
"Parfois je me sens fatiguée, dit-elle, mais il y a beaucoup de gens qui m’aident".
"Si je me sens déprimée, je trouve une nouvelle manière d’aider quelqu’un" ajoute-t-elle.
Le Dr Pornthip, aujourd’hui directrice adjointe de l’Institut central de médecine légiste, est devenue une star avec quelques affaires très médiatisées. Elle avait notamment résolu, en allant à l’encontre des thèses de la police, le meurtre de l’une de ses étudiantes, découpée en morceaux par son petit ami.
Ensuite elle n’a pas hésité à dénoncer avec virulence les exécutions sommaires de trafiquants lors d’une campagne gouvernementale antidrogue musclée qui avait fait quelque 2.500 morts en 2003.
Elle a introduit la recherche d’ADN en Thaïlande dans les affaires criminelles et a été récompensée par la famille royale d’un titre honorifique.
Sa popularité a encore augmenté avec une série de livres dans lesquels elle racontait son expérience et qui ont été des succès d’édition.
Mais jusqu’au 26 décembre, son institut avait à peine les fonds suffisants pour prendre en charge une demi-douzaine de dépouilles par jour.
Le tsunami a fait bouger le gouvernement, explique la Thaïlandaise.
"Nous n’avions jamais vu ça. Nous n’avions jamais eu un budget pour quoi que ce soit d’équivalent", dit-elle, en référence à la vingtaine d’équipes étrangères travaillant avec les Thaïlandais.
"Quand les ministres sont venus et ont vu ce que nous faisions, ils ont dit que nous devrions faire la même chose pour les asiatiques", dit-elle au sujet des dépouilles.
Mariée à un banquier dont elle a eu une fille, le "médecin légiste de classe moyenne" comme elle se décrit, est très populaire auprès des Thaïlandais qui apprécient son attitude non-conventionnelle face à la vie.
Certains de ses fans passent au temple Yanyao et se font photographier avec elle.
"Je leur dis qu’ils devraient faire ça aussi, par passion pour la justice", dit cette femme qui souhaitait être décoratrice d’intérieur mais s’est orientée vers la médecine pour plaire à son père.
"Il n’y a pas beaucoup de femmes dans cette branche, certains pensent que c’est un peu étrange" qu’une femme soit expert légiste. "Alors si mon travail permet de changer ça aussi, c’est bien", ajoute-t-elle.
Le Dr Pornthip, qui affirme avoir perfectionné son anglais grâce à la pop music, explique que son prochain défi sera d’écrire un livre sur le tsunami.
"Cela nous a donné une toute nouvelle méthodologie", dit-elle ».
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"Association de soutien aux victimes résidant au SOFITEL Magic Lagoon Resort de Khao-Lak lors du tsunami du 26 décembre 2004"
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